Quand Le Figaro défend le capital, sans pour autant défendre les capitalistes…
Menacé par une taxe de 1% sur les revenus du capital, le PPA (Parti de la presse et de l’argent) lache les chiens (de garde). Problème : ceux-ci, plus habitués à aboyer sur le thème de l’impossibilité de réformer la France, ne sont pas entraînés à contester le contenu desdites réformes quand par hasard il ne leur convient pas. Résultat : un bel emmêlage de pinceaux, comme en témoigne l’éditorial du Figarodu 29 août 2008, signé Yves de Kerdrel. Un splendide texte intitulé «Gribouille et le capital», que nous décryptons ici.
« Changé. C’est la commune de Mayenne où Nicolas Sarkozy a tenté de justifier jeudi la mise en place d’une taxe additionnelle de 1,1 % sur tous les revenus du patrimoine, destinée à financer le revenu de solidarité active. Changé. Le lieu était bien choisi, tant ce nouveau prélèvement, au moins le dixième créé en France en moins d’un an, constitue un virage à 180 degrés dans l’approche présidentielle des problèmes hexagonaux. »
Visiblement réfractaire au changement et arc-bouté sur ses acquis, Yves de Kerdrel interprète toute infime déviation idéologique de la part du gouvernement comme « un virage à 180 degrés ». Quand Nicolas Sarkozy, enfin débarrassé de ses tabous d’un autre âge, se décidera à confisquer le capital dont son patron se sert comme instrument de prise d’otage, Yves de Kerdrel continuera de hurler que cela « constitue un virage à 180 degrés ».
« Le revenu de solidarité active n’est pas la panacée du siècle. Pas plus que ne l’ont été la coûteuse allocation de parent isolé, le désastreux revenu minimum d’insertion et l’inefficace prime pour l’emploi. »
Yves de Kerdrel ne s’est apparemment jamais demandé si les parents isolés, rmistes et autres primo-employés trouvaient ces mesures « coûteuses », « désastreuses » ou « inefficaces ». Ni combien « coûteraient » à la collectivité des parents isolés ou des sans emplois sans ressources.
« Il comble d’aise les socialistes qui voient toujours dans l’État un puits sans fond capable de subvenir aux besoins de tous. »
En regardant dans les yeux des socialistes, l’éditorialiste a cru y voir leur vision de l’État, alors que ce qui s’y reflétait était vraisemblablement sa propre bêtise : insondable. En effet, l’État redistributeur serait plutôt une sorte de citerne, pompant l’eau là où elles est pour en mettre là où il n’y en a pas. La taxe en question n’est cependant finalement pas nécessaire : son allusion seule suffit pour que les ventrus du PPA, voyant le niveau de leur piscine baisser, se mettent à suer à gouttes assez grosses pour remplir n’importe quel « puit sans fond ».
« Mais il a un gros mérite, c’est qu’il est lié à la reprise d’un travail, dont il vient accroître les revenus. Il répond donc à la logique «aide-toi et l’État t’aidera» tout en faisant disparaître petit à petit les autres revenus d’insertion ou allocations diverses dont la France est si prodigue.
Fallait-il pour autant le financer par la création d’une taxe sur les 140 milliards d’euros des revenus du capital ? Sûrement pas.»
« Ma cassette ! Ma cassette ! » : Yves de Kerdrel reprend ici le rôle d’Harpagon, le talent en moins. Comme dans la pièce de Molière, le vilain rejeton finira-t-il par rendre son argent à celui qui l’a élevé, en échange de sa bienveillance ?
« Et Gribouille, qui se cachait dans un ruisseau pour ne pas être mouillé par la pluie, n’aurait pas fait pire. Le capital et le travail sont les deux carburants de l’économie. Le pouvoir de n’importe quel État est, bien sûr, de taxer à sa guise l’un et l’autre.»
À condition bien sûr, on le verra plus loin, qu’il ne fasse ni l’un ni l’autre.
« Et en la matière, la France atteint des records qui font d’elle la championne des prélèvements obligatoires. »
La Suède, avec un niveau de prélèvement obligatoire à 50,1% du PIB, devance d’une bonne tête la France (44% du PIB avant l’instauration du bouclier fiscal), qui n’est donc même pas championne d’Europe.
« Taxer le travail pousse à la délocalisation. Taxer le capital – sous prétexte qu’il serait trop bien rémunéré actuellement ! – pousse également celui-ci à changer d’affectation.
Car taxer le capital, ce n’est pas taxer les capitalistes, ce n’est pas étêter les plus grosses fortunes françaises qui s’organisent avec soin pour sanctuariser leur capital. C’est au contraire taxer les classes moyennes. Ceux qui travaillent plus pour gagner plus, pour épargner davantage au profit d’une retraite que l’impéritie des pouvoirs publics rendra insuffisante. Tous ces Français ordinaires qui détiennent quelques actions souvent au nom d’un patriotisme économique , de l’assurance-vie dont on a besoin pour financer le déficit budgétaire ou du foncier locatif vont voir leur rendement amputé, pour la seule raison que ”depuis plusieurs années les salaires progressent moins vite que les revenus du capital”. »
D’une pierre deux coups : apprenons le français ET la logique au journaliste. « Car » est une conjonction de coordination de cause, la phrase qui suit devrait donc être une explication du fait que « Taxer le capital pousse [...] celui-ci à changer d’affectation ». Or, à moins de considérer le capital comme un être un brin farceur équipé d’un chapeau pointu et préoccupé uniquement d’échapper par ses propres moyens aux taxes qui s’abattent sur lui (mais que fait la PAF ?), il faut bien regarder qui s’amuse ainsi à le déplacer… Sont-ce les « Français ordinaires qui détiennent quelques actions [...], de l’assurance-vie [...] ou du foncier locatif [aisément délocalisable] » ? Ou « les plus grosses fortunes françaises qui s’organisent avec soin pour sanctuariser leur capital » ?
Yves de Kerdrel vend involontairement ici la mèche : ce ne sont pas les pauvres classes moyennes qu’il défend, mais bien Serge Dassault, PDG du Figaro. Mais il est effectivement plus difficile d’apitoyer sur le sort d’un marchand d’armes, député UMP, 8ème fortune française avec un patrimoine de 6 milliards d’euros… Qu’on le rassure cependant : il est toujours touchant de voir un pauvre salarié voler au secours de son patron.
«La taxe de 1,1 % inventée par quelques beaux esprits technocratiques n’est donc bien qu’un «impôt sur l’effort et la sagesse», comme le dit Alain Lambert, l’ancien ministre du Budget.
Si Nicolas Sarkozy estime normal «dans un effort de solidarité» que chacun aide les plus pauvres à sortir de l’exclusion, il aurait pu penser aussi à faire contribuer les travailleurs clandestins en tirant un trait sur l’aide médicale d’État, qui coûte 800 millions d’euros par an, et à mettre fin à quelques gaspillages comme les 400 millions d’euros réservés à l’audiovisuel extérieur, plutôt que de frapper une fois de plus ceux qui créent des richesses. Il est dommage que, pour sa rentrée, le président de la République ait choisi l’habileté politique aux dépens de l’efficacité économique. Cette année, l’été s’est terminé à Changé. »
Arrêter de soigner certains travailleurs pauvres (les clandestins, ceux qui ne se plaindront pas et mourront en silence), pour en remettre d’autres au travail de force : la modernité selon Le Figaro.
Le 4 septembre, la Cour d’appel de Paris a examiné trois plaintes de Clearstream contre Denis Robert. L’occasion pour Richard Malka de faire montre de tout son talent d’avocat bonimenteur. Car comme il le dit lui-même : « La fiction devient réalité si on vient pas nous dire que c’est de la fiction. »
Richard Malka est un avocat talentueux, ardent défenseur d’un journalisme intègre incarné par Charlie Hebdo. C’est au nom de cette conception du journalisme que depuis huit ans, il poursuit inlassablement un journaliste, Denis Robert, accusé par Clearstream, son autre client prestigieux, de diffamation. Le 4 septembre, il a une nouvelle fois fait la démonstration de toute l’étendue de son talent de baveux-bonimenteur. Trois plaintes de Cleartsream contre Denis Robert, Canal Plus et les éditions Les Arènes étaient jugées en appel concernant le film Les Dissimulateurs et les livres Révélation$ (pour lesquels Denis Robert a été condamné à un euro de dommages et intérêts en première instance) et La boîte noire (perdu par Cleartsream). Maître Malka, chemise rose, teint hâlé, avec le soutien moral de son amie, d’une journaliste de Charlie Hebdo et de deux représentants de Clearstream, a donc plaidé près de deux heures ce jour-là, face à des juges tantôt amorphes, tantôt excédés.
Ontologie chauve
« C’est une affaire simple si on s’en tient aux imputations diffamatoires et en même temps une affaire hors-normes, extraordinaire, passionnante puisqu’elle a mis fin aux ambitions présidentielles d’un ancien Premier ministre » , s’émerveille Malka en guise d’introduction à son long monologue. Comme son grand ami spinoziste, ce croisé de la liberté d’expression est un grand philosophe. Il explique : « Aux yeux de Denis Robert, Clearstream est une banque luxembourgeoise et donc ontologiquement coupable. [...] Ce qui est insupportable c’est l’utilisation constante de la technique du bouc émissaire. [...] On prend un bouc émissaire au hasard. On dit : vous êtes coupables de ce que vous êtes et pas de ce que vous faites. [...] Ca évite de penser la complexité du monde, on vous rejette dans le camp des méchants, on ne veut pas entendre l’autre car l’autre est méchant et nous on est du bon côté. »
Pauvre Richard Malka, qui, fin connaisseur des questions « ontologiques », n’aurait jamais idée de rejeter Denis Robert dans le camp des « méchants » (et lui-même dans celui des « bons »), ni de l’attaquer pour ce qu’il est et non pour ce qu’il a fait ! Pourtant… Afin de dénoncer la « fable » de Denis Robert, tous les arguments semblent bons. Y compris, comme de « fable » il n’y a point, le fait de la construire de toutes pièces. C’est ainsi que Richard Malka défendra la thèse selon laquelle Denis Robert persécuterait Clearstream et ferait pression sur certains témoins du dossier. Ou bien qu’il affirmera que Denis Robert aurait fait citer Thierry Meyssan comme témoin lors d’un procès précédent. Ou encore que faute de maîtriser l’anglais, Denis Robert n’aurait pas tenu compte d’un important document en rédigeant La boîte noire (et Malka de lire un extrait dudit document dans un anglais plus qu’approximatif).
Plenel à la rescousse
Persuadé que Denis Robert n’a jamais apporté de preuve probante de ses dires (mais a-t-il jamais lu ses ouvrages ?), il s’inquiète : « J’ai tout pour moi : je devrais être on ne peut plus serein mais je ne le suis pas car ce que j’ai à combattre ce sont des fantasmes, de l’irrationnel », puis accuse : « Alors on jette des noms, des affaires. Même le nom d’Al Qaida. Y a que de l’explosion de la navette spatiale et des ouragans qu’on ne soit pas coupables ! » Vous avez dit « fantasmes » ? Oui, mais… « Les fantasmes, j’ai rien contre, dans certains domaines en tout cas, mais pas en matière d’information », précise aussitôt l’avocat facétieux.
Et pour preuve du peu de sérieux de Denis Robert, Malka convoque… les écrits d’Edwy Plenel, spécialiste bien connu du faux scoop moustachu ! Pour un peu, ou avait aussi droit à la caution valienne ! Or, si Edwy Plenel n’est plus guère enseigné que dans les écoles du mensonge journalistique, Denis Robert, lui, a écrit en 1996 un livre d’entretiens avec des magistrats européens spécialistes de la lutte contre la corruption et la délinquance financière, La justice ou le chaos, qui est enseigné à l’ENM. De ce livre est né l’Appel de Genève en faveur de la création d’un espace judiciaire européen pour lutter contre ces pratiques. Plusieurs magistrats spécialisés dans ce domaine ont d’ailleurs en leur temps signé une tribune dans Le Monde pour défendre Denis Robert, ce qui n’est pas rien compte-tenu du devoir de réserve des magistrats, rappelle son avocate, Maître Litzler, en bravant les regards sournois et les sourires en coin émanant du banc de Clearstream.
Denis Robert partout, Clearstream nulle part
Si Richard Malka défend Clearstream, ce n’est certainement pas par cupidité. Non, car, comme il l’explique au cour de ça plaidoirie à propos des supposées « fables » de Denis Robert : « Nous avons tous en nous une part de fantasmes. C’est comme de dire qu’un notaire, un avocat gagne beaucoup d’argent : c’est pas son argent c’est celui qu’il brasse ! » En vérité, Richard Malka défend les travailleurs opprimés. « 1500 salariés et leurs familles se sont sentis salis et méritent votre considération, même s’ils sont luxembourgeois ! », clame-t-il à l’adresse des juges, répétant mot pour mot les déclarations au Monde du prolétaire André Roelants, patron de Clearstream, le 4 août dernier.
Bien entendu, et contrairement à ce que pourraient prétendre certains esprits mal intentionnés, cette interview de Roelants au Monde était exceptionnelle. Car pour le reste, « une machine quasi-industrielle s’est mise en place. Une désinformation constante s’est faite sans que jamais vous n’ayez entendu le point de vue de Clearstream. C’est une stratégie de communication : on a eu un concert de soutien à la Cigale, des cuvées Denis Robert, une exposition « Diffamation$ », une expositions avec les listings de Clearstream, des slams… On est dans le show-biz et on nous dit que ça devrait être un modèle de journalisme ! », s’exclame Malka, oubliant au passage que tout cela s’est fait en vue de financer les frais de justice via le comité de soutien, et que Denis Robert n’a jamais écrit le slam lu à l’audience. Et quand bien même, lui répond Maître Litzler, sous l’oeil complice et sarcastique du public et des juges : « Je crois savoir que Richard Malka écrit des bandes dessinées. Si je prenais moi aussi prétexte de ses activités personnelles pour l’attaquer, je devrais dire que parce qu’il écrit des bandes dessinées, tout ce qu’il dit plaiderait en sa défaveur, ce que je ne crois pas. »
« Au nom du journalisme »
Alors que, toutes procédures confondues, Clearstream réclame près d’un million d’euros, Malka d’un air grave, explique : « Tout ça n’amuse pas Clearstream, il n’y a aucun acharnement de notre part. [...] Nous, on veut que la vérité soit rétablie. On a bien conscience qu’il faudra terminer un jour. Ce sont les trois principales affaires, c’est important pour nous. Ce procès, c’est la mère de toutes les batailles. Alors je ne sais pas, je ne sais plus quoi demander. J’ai conscience de l’absurdité qui consiste à demander à un journaliste de payer des indemnités à Clearstream même si le préjudice est énorme. Nous cherchons la vérité et à ce titre les condamnations symboliques nous conviennent. Le problème c’est que quand il est condamné à nous payer un euro, c’est interprété comme étant la preuve que son travail n’est pas si mauvais que ça, puisque sinon les juges l’auraient condamné à plus. Donc on ne demande pas un euro, puisque ce sera interprété par Denis Robert. Donc c’est pour ça que le tribunal de Bordeaux l’a condamné à nous payer 12 500 auros. Et là, coup de génie médiatique : Denis Robert se tait mais on n’a jamais autant entendu ses amis ! Donc je ne peux plus demander un euro. [...] Par contre, Canal Plus appartient à Vivendi : il n’y aurait donc rien de scandaleux à ce que la condamnation soit significative concernant Canal Plus et Les Arènes. Rien ne vous empêche de dissocier les condamnations. » Amusant, puisqu’à en croire Maître Tolédano, avocat des Arènes, Clearstream est incapable de chiffrer le prétendu préjudice commercial qu’elle aurait subi, à l’heure où son patron s’étale dans les colonnes du Monde pour expliquer que justement, jamais ses clients n’ont perdu confiance dans la firme. Or, Clearstream ne demande rien au titre de préjudice moral… Quel type de préjudice a-t-elle donc subi ?
Mais conscient d’avoir été trop long, Malka se reprend et conclut, suppliant : « Le seul fait que vous m’autorisiez à plaider aussi longtemps suffit à mon honneur professionnel. Depuis quinze ans, je défends une certaine conception du journalisme et je ne peux pas y renoncer. Je demande à la Cour de préserver cette idée du journalisme et de ce qu’est une enquête sérieuse. Je vous le demande, au nom du journalisme et de cette idée du journalisme. »
Siné Hebdo tiendra-t-ilses promesses? L’annonce de la présence dans le capital de Michel Onfray(mieux sans lui) faisait déjà planer un doute quant à l’impertinence annoncée de la future publication, mais cette inquiétante déclaration de Siné, qui fait le grand écart dans leJDD, peut laisser craindre le pire : “On va faire ce qu’aurait dû être Charlie hebdo aujourd’hui. Il n’y aura aucun tabou : on chie sur tout, on est complètement libre. Il faut être politiquement incorrect [...].Le seul bémol, c’est qu’il faut éviter les procès parce qu’on n’a pas les moyens financiers d’y faire face.”
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PS :Que cela n’empêche pas les Sardons d’aller soutenir Siné le 9 septembre au TGI de Lyon.Il y comparaîtra, sur plainte de la Licra, pour incitation à la haine raciale.
S’il gagne (ce dont nous ne doutons pas), Val, qui l’a viré du défunt NEM sous ce fallacieux prétexte, en aura pour ses frais. Sans compter le plaignant, Patrick Gaubert, président (UMP) de la Licra, qui est à l’origine de cette affaire, puisque c’est lui qui le premier avait annoncé (pour s’en féliciter)dans l’Echo des start-up(ESU) la conversion du fils à papa au judaïsme en vue d’épouser l’héritière Darty.
On peut également s’interroger sur la manière dont le tribunal règlera l’épineuse question de la responsabilité des uns ou des autres. Car c’est Val, qui a autorisé la publication du texte litigieux, qui aurait dû, en tant que directeur de la publication, se retrouver sur le banc des accusés (avec Siné comme complice) ! Problème : ce cher Philippe est un ami de Gaubert.
L’ami Denis Robert, qui bataille depuis huit ans contre Clearstream, est cité à comparaître devant le tribunal de grande instance (TGI) de Paris, le 4 septembre à 13h30. Le tribunal examinera en appel trois plaintes de la banque des banques luxembourgeoise pour diffamation contre le film Les Dissimulateurs et les livres Révélation$ et La Boîte Noire.
Soyons nombreux à venir soutenir Denis contre les effets de manche de Richard Malka et contre les envoyés spéciaux du QVM (Quotidien Vespéral des Marchés, parfois appelé Le Monde), l’organe officieusement officiel de Clearstream en France !
Un facteur des Bouches-du-Rhône menacé de révocation suite à la grève de mai 2008 à la distribution
Dans son numéro de juin, CQFDrelatait la grève des facteurs des Bouches-du-Rhône contre le projet de réforme«Facteur d’avenir». Sur fond de privatisation, la direction du futur ex-service public utilise des faits survenus lors de cette grève pour faire le ménage dans ses rangs. Notre ami Serge Reynaud, facteur dans le premier arrondissement de Marseille, est convoqué à Paris devant le conseil central de discipline de la Poste le mercredi 10 septembre 2008. La sanction demandée est… la révocation! Sachez par ailleurs que Serge est embringué dans l’aventure CQFD depuis des lustres. Un des rares qui bosse… S’il doit raccrocher sa belle veste jaune et bleue, nous compterons un chômeur supplémentaire dans l’équipe du journal. N’hésitez plus, et signez la pétition : «Pour que CQFD n’ait pas à embaucher Serge Reynaud, j’exige qu’il soit maintenu dans ses fonctions à La Poste. Et nous vous saurions gré de lui octroyer par la même occasion une augmentation de salaire en réparation du préjudice subi.»
> en interpellant le siège de la Poste, 44 boulevard de Vaugirard, 75757 Paris cedex 15, téléphone : 01.55.44.00.00. ou en envoyant un fax au : 01.55.44.01.25.
> en participant à la soirée de soutien contre la répression syndicale, le 6 septembre à Mille Bâbords à partir de 18 heures. (61 rue Consolat, 13001 Marseille, Métro réformés)
> en montant à Paris le 10 septembre 2008 - Rassemblement à 14 heures devant le 41 bd Romain Rolland dans le 14ème, (Métro Porte d’Orléans)
> en étant au rassemblement devant la Poste Colbert, rue Henri Barbusse, 13001 Marseille (Métro Colbert) ce même 10 septembre à 14 heures.
Parlons de RinfhoN est en deuil : nous venons de perdre notre sympathique joujou rennais,RinfhoN(parfois encore appelé Rennes Infhonet), dont la critique avait été l’objectif premier de notre site.
Le règne barbichu de Benjamin Keltz et de son équipe s’achève comme il avait commencé : pitoyablement, mais non sans grandiloquence, puisque même six pieds sous terre, une voix d’outre-tombe vient nous susurrer qu’en dépit du naufrage final, RinfhoN fut un succès et “un modèle qui fonctionnait éditorialement, économiquement et techniquement”.
Jusqu’au bout, RinfhoN, ses fautes de français et ses sondages bidons nous auront bien fait rire. Le dernier en date ? “Le web journalime local a-t-il un avenir ?”
On sentait des signes de fatigue ces derniers temps : à la lumière de ce qui vient de se passer, la remise en ligne des “articles les plus marquants” de l’année (dont les titres laissent songeur : “Il aime les plaques d’immatriculation et alors ?”, “Dis-moi comment tu écris, je te dirai qui tu es”, “Suivez-nous avant que ça devienne trop chaud”, etc.) sonne comme un glas sinistre dans le ciel du web journalisme local, qui vient incontestablement de perdre l’un de ses plus précieux contributeurs.
Maintenu hors de l’eau pendant l’été grâce à l’emploi de stagiaires en publi-rédactionnel, qui nous ont fait découvrirles joies de l’avion à pas cherouune nouvelle formule pour aider les pauvres à accéder à la propriété,l’Erika de la presse rennaise a fini par sombrer corps et biens, et cela tout seul comme un grand. Car nous le jurons : à aucun moment, le navire amiral de la Sardonie rennaise n’a tiré la moindre torpille pour l’achever.
A bas le PPA ! Vive Parlons de RinfhoN et vive la Sardonie libre !
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PS : Une grande partie du lectorat de RinfhoN se sent orphelin aujourd’hui. Nous compatissons. Pour le consoler, nous lui signalons tout de même quelques sites utiles, prouvant que l’info locale indépendante en ligne (mais aussi sur papier) n’a pas attendu RinfhoN pour se développer dans cette bonne ville de Rennes :
Acrimed est solidaire du dessinateur Siné dont le congédiement de Charlie Hebdo constitue une atteinte évidente à la liberté d’expression. Nous reviendrons plus longuement sur cette « affaire » dans de prochaines publications. En attendant, quelques remarques incidentes [1]…
Sur Bernard-Henri Lévy, il n’y a rien à ajouter. Rien à ajouter depuis trente ans que dure et perdure l’imposture. Constant dans la calomnie et l’exhibitionnisme, BHL a apporté son soutien à Philippe Val dans une tribune publiée par Le Monde daté du 22 juillet 2008. Ce n’est guère surprenant, tant leur connivence le dispute à une mutuelle aversion pour la gauche de gauche et une commune affection pour l’humanitarisme de guerre.
Il y a dire, en revanche, du Monde et de Charlie Hebdo.
Relever notamment que l’un des principaux quotidien français (après Le Parisien-Aujourd’hui et Le Figaro), sinon le plus « prestigieux »,ne publie rien sur l’« affaire » pendant plusieurs jours puis accorde à BHL une tribune avec un appel de « une » évoquant sans précaution ni distance « le texte antisémite de Siné ». Une tribune truffée de procès d’intention. Un seul exemple : l’ex-nouveau philosophe écrit que Siné aurait donné « à son journal une chronique où il dit, en substance, que la conversion au judaïsme est, dans la France de Sarkozy, un moyen de réussite sociale » quand Siné moquait l’arrivisme d’un jeune homme envisageant une conversion religieuse pour épouser une héritière.
Le « quotidien de référence » ne s’embarrasse pas non plus d’un texte aux raccourcis historiques cousus de fil blanc. Ainsi, quand l’emphase « béachélienne » s’emporte contre les « ambiguïtés d’une tradition [celle dont se revendiquerait Siné] dont une des spécialités a toujours été, justement, de passer de la rage tous azimuts à sa concentration antisémite : les anarcho-syndicalistes du début du XXe siècle ; les partisans de l’action directe proposant, soixante-dix ans plus tard, de “jeter” les Juifs sur “le fumier de l’Europe” (Ulrike Meinhoff, dirigeante de la Bande à Baader)… » Il y a vingt-sept ans, un homme de droite (Raymond Aron) diagnostiquait avec justesse le problème « BHL » : « la boursouflure du style, la prétention à trancher des mérites et des démérites des vivants et des morts, l’ambition de rappeler à un peuple amnésique la part engloutie de son passé, les citations détachées de leur contexte et interprétées arbitrairement [2]. »
La direction du Monde, pour sa part, s’accomode de la boursouflure. Tout comme celle de Charlie Hebdo. Mais son patron ne peut être tenu pour seul responsable de la capilotade dans laquelle s’est mis l’hebdomadaire. Depuis des années, le silence que se sont imposés les dessinateurs autorise Val à capter l’héritage du journal satirique pour le normaliser. Aujourd’hui, un pas est franchi. Le directeur a obtenu des principaux dignitaires du titre (Bernard Maris, directeur adjoint de la rédaction ; Gérard Biard, rédacteur en chef ; et Charb, rédacteur en chef adjoint [3]) qu’ils co-signent une « note aux lecteurs » déplorant que Siné ait porté « atteinte » aux « valeurs essentielles » de Charlie Hebdo. La même note ajoute : « Il était prévu que la rédaction [le] réprouve sobrement et qu’[il] s’en explique et s’en excuse » mais « finalement il a refusé ». Et les trois commissaires politiques de conclure : « Nous regrettons la décision de Siné. Nous regretterons aussi Siné ».
Regretterons nous Charlie Hebdo ?
Grégory Rzepski.
Annexe : d’autres articles d’Acrimed sur Philippe Val et Charlie Hebdo.
Philippe Val, journaliste, éditorialiste et philosophe.
Avril
- Lundi 28 avril, à Grenoble, à l’invitation des Amis du Monde diplomatique, débat sur les liens entre pouvoir médiatique et pouvoir politique avec Grégory Rzepski (Acrimed). A partir de 20h30, au Tonneau de Diogène (6, place Notre-Dame).
- Mardi 29 avril, à Lyon, à l’initiative de l’antenne Acrimed de Lyon et de ses environs, rencontre avec Grégory Rzepski (Acrimed) autour du livre “Tous les médias sont-ils de droite ?” (coordonné avec Mathias Reymond, Syllepse). A partir de 19h30 à la librairie Terre des livres - 86, rue de Marseille 69007 Lyon.
Mai
- Du 1er au 3 mai, à Lasalle en Cévennes, le 7ème festival du film documentaire. Avec, entre autres, Eric Hazan, William Karel, Guy Pineau (Acrimed) et Jack Ralite. Précisions à venir.- Dans le cadre de l’université populaire de Saint-Denis, une série de conférence-débat co-organisées par Acrimed et Le Plan B sur la critique des médias à la Bourse du travail de Saint-Denis :
> Mardi 6 mai, “Le traitement médiatique de l’insécurité” avec Laurent Bonelli ;
>Mercredi 14 mai, “A quoi servent les experts médiatiques ?” avec Mathias Reymond ;
> Mercredi 21 mai, “Elections, pièges à com’” avec Grégory Rzepski ;
> Vendredi 30 mai, “Les contestataires et les médias” avec Pierre Rimbert.- Mardi 13 mai à Lyon, Conférence-débat organisée par Acrimed 69, en partenariat avec l’APICC et Les Amis du Monde Diplomatique de Lyon et du Rhône : Médias, information et formatage de l’opinion, avec Serge Halimi, 20 h 15, salle Jean Moulin - Caluire. Place de l’Hôtel de Ville (Métro ligne C terminus Cuire, puis Bus 33).
Texte initialement paru sur Acrimed, le mardi 22 avril 2008.
Acrimed a pris beaucoup de retard dans l’observation critique d’Internet. Cette contribution partielle (qui reprend et précise un premier débat interne tenu en novembre 2007 à Paris) n’a pas pour but d’analyser l’ensemble de la nouvelle configuration économique et technologique dans laquelle s’inscrit Internet. Elle ne concerne, pour l’essentiel, que la question de l’information et n’a pas d’autre ambition que de proposer quelques repères, partagés par les adhérents de notre association et quelques jalons pour une observation ultérieure.
Comment aborder les changements en cours ?
La nouvelle technologie de la communication que constitue Internet ne permet pas simplement de mieux communiquer : elle transforme profondément l’économie générale de la communication qui s’était instaurée précédemment, avec la diffusion massive des médias audiovisuels (radio et télévision) à partir des années 1960 en France, qui, eux-mêmes, avaient restructurés l’économie de la communication qui s’était mise en place, à la fin du 19ème siècle, autour de la presse écrite quotidienne à grand tirage, qui elle-même avait chahuté un espace journalistique caractérisé par une presse politique à faible tirage, coûteuse, disponible par abonnement et essentiellement achetée par les classes dominantes.Internet n’est pas seulement un instrument de communication qui serait un peu plus efficace et rapide que les anciens mais qui, sur le fond, ne changerait rien ni à la production des informations et des offres de toute nature ni à leur réception et à leurs usages. Il n’en est rien. Si l’on prend l’exemple du commerce en ligne, certains disaient au tout début de cette nouvelle forme de commerce, que ce n’était que du commerce classique par correspondance paré des habits de la modernité mais que cela ne changeait rien. Or, on a vu que le commerce sur le net présentait une spécificité et une efficacité qui ont modifié profondément la relation commerciale et explique sa forte progression (sites comparatifs, catalogues en ligne, élargissement de l’offre mais aussi des clients possibles, sites de ventes aux enchères, etc.).
Des changements comparables sont à l’œuvre dans le secteur des médias.Les moyens de communication exercent des effets sur ce qui est communiqué. Ainsi, comme l’ont montré les anthropologues, l’écriture a modifié le mode de pensée : la communication orale est un flux continu lié aux situations (on parle toujours ici et maintenant) alors que l’écriture permet d’autonomiser le message, d’étudier le langage en lui-même et pour lui-même, de poser des syllogismes, de stocker de l’information, etc. De même, avec l’imprimerie qui permet la production en grande quantité d’ouvrages (par opposition aux rares manuscrits précieusement gardés et péniblement recopiés par les clercs), les intellectuels peuvent se constituer leurs bibliothèques et se consacrer plus totalement au travail intellectuel au lieu de perdre leur temps en déplacements pour aller là où sont précieusement conservés les rares manuscrits ; ils ont à disposition toute la culture de leur temps et tendent à engager un rapport moins sacré aux textes, etc. Les imprimeurs inventent, de leur côté, les index, les catalogues, les versions corrigées, etc. et recherchent de nouveaux auteurs, ce qui suscite des vocations parmi les lecteurs qui se disent « pourquoi pas moi ? ».
Si ces exemples rapidement évoqués montrent les ruptures qui peuvent résulter de l’apparition de nouvelles techniques de diffusion, il reste qu’il existe aussi à chaque fois, un refus de voir les changements en cours. Cette attitude récurrente est notamment le fait des acteurs dominants, liés à l’état ancien des choses, qui ne veulent pas croire à la fin de leurs positions et de leurs privilèges. C’est pourquoi les journalistes « à l’ancienne » (les éditorialistes, les journalistes âgés notamment) tendent à parler d’internet sans trop savoir ce qu’on y fait et ce qu’on peut y trouver (un peu comme ces politiques qui stigmatisent la « télévision abrutissante » mais ne la regardent jamais) et affirment, à partir d’un exemple particulier qu’on y trouve « n’importe quoi », que c’est un support où ne circulent que des rumeurs non vérifiées, comme si ce n’était pas également le cas de la presse écrite… Comme le papier imprimé, internet n’est pourtant qu’un support sur lequel on peut y inscrire tout et son contraire, de la pornographie comme de la philosophie, des œuvres pour un large public comme des textes pour un public confidentiel, Le Monde comme France Soir. Un processus de différenciation est déjà à l’œuvre qui a été également observé lors des précédentes révolutions des techniques de communication : les sites sont répertoriés, classés, évalués hiérarchisés, notés afin que chacun, scientifiques, politiques, lecteur qui veut s’instruire, se distraire, rechercher un partenaire, etc. puissent trouver, dans cet immense réseau, les sites qui leur conviennent. D’où le rôle central qui est joué par les moteurs de recherche.Les acteurs dominants d’un état donné de l’économie de la communication ont tendance à rejeter une nouveauté qui bouscule les rapports de force dans lesquels ils occupent des positions fortes. C’est pourquoi ils ont le plus souvent une vision très étroite du nouveau média qu’ils sont tentés d’ignorer, voire de rejeter purement et simplement ou alors ne les appréhendent qu’à travers leur logique. Il suffit, par exemple, de se souvenir qu’internet a été un temps considéré par certains responsables éditoriaux, lorsque ce nouveau moyen de communication a commencé à se diffuser, comme une technologie permettant seulement de proposer une version en ligne (en fichier PDF), à moindre coût et à domicile, des journaux par ailleurs vendus en kiosque. Ces inerties ne sont pas nouvelles : au XVème siècle, les premiers livres imprimés ont singé les manuscrits qui furent pendant longtemps considérés comme les seuls « vrais » livres ; la presse populaire à grand tirage fut, elle aussi, considérée avec mépris par la presse politique avant de s’imposer avec ses reportages, ses interviews, ses photographies, ses feuilletons ; et, plus récemment, on sait que la télévision n’a attiré les vocations de journalistes qu’à partir des années 1970, lorsque la diffusion massive qu’elle permet (à la fin des années 1970, on peut dire que la télévision est présente dans tous les foyers) et le pouvoir spécifique de l’image ont progressivement pesé sur la fabrication de l’information, y compris de la presse écrite.Cette attitude compréhensible fait couple avec une autre erreur, symétrique et inverse qui consiste, à l’inverse, à prophétiser, lors de chaque innovation technologique, une « mutation radicale », du « jamais vu », des possibilités, non seulement nouvelles, mais « inouïes ». Or tout n’est pas radicalement révolutionnaire dans une révolution technologique. Contre ces discours exaltés tenus surtout par les nouveaux adeptes, on peut faire valoir non seulement l’existence de débats similaires par le passé (par exemple avec le développement de la presse écrite à grand tirage à la fin du 19ème siècle qui menaçait la presse politique) mais aussi l’invention d’usages faussement nouveaux et révolutionnaires des nouvelles technologies (par exemple les forums de discussion d’internet qui s’épuisent très vite et sont souvent le fait de quelques dizaines d’internautes omniprésents).
Or il n’est pas possible de déduire a priori d’une technologie nouvelle ses utilisations sociales. On sait que les usages initiaux envisagés lors de l’invention du téléphone avait été de retransmettre les pièces de théâtre ou d’opéra à distance (« théâtrophone »), que le minitel a été un succès en raison de l’explosion imprévue des sites de rencontres (« minitel rose »), que le téléphone portable considéré initialement comme un instrument professionnel est devenu un objet banal qui est possédé par les particuliers (et même les enfants), etc. A chaque fois, on peut vérifier qu’un nouveau média ne livre pas d’emblée toutes ses potentialités à la fois techniques et sociales. Les nouveaux usages sont souvent inventés, non pas par les acteurs dominants (trop attachés à l’ancien régime) mais par des individualités, souvent marginales, qui bricolent dans leur coin comme c’est le cas tout particulièrement d’internet, et inventent des usages sociaux qui se diffusent lorsqu’ils sont en phase avec l’état de la société et de ses besoins (c’est le cas par exemple de facebook qui crée et entretient des réseaux sociaux, des sites de rencontres qui sont comme appelés par une civilisation de plus en plus urbaine et individualiste, etc.). Les acteurs dominants prennent en quelque sorte le train en marche et essaient de conquérir, avec les moyens financiers dont ils disposent, le nouveau média (notamment en rachetant les sites qui marchent).
Quelques repères sur la question de l’information
Il est possible, en se limitant au seul domaine de l’information, de dresser un premier bilan, encore très provisoire, de la véritable révolution que la technologie d’internet est en train d’accomplir dans l’économie générale de la communication.Trois remarques préalables sont nécessaires pour cadrer et délimiter nos observations.- D’abord, Internet ne remplace pas la presse écrite et audiovisuelle, mais, en s’ajoutant à elle, exerce des effets de restructuration du champ de production de l’information. On peut d’autant moins évacuer les médias préexistants que non seulement ceux-ci ouvrent des sites sur le net mais que la publicité pour certains sites passe par la presse écrite ou audiovisuelle existantes.- Ensuite, la puissance de ce moyen de communication dépend du nombre de ceux qui y ont accès. La télévision est devenue puissante progressivement, à mesure que les récepteurs équipaient les ménages. Il en va de même avec Internet . On estime, en 2008, à 60% le nombre de gens qui, professionnellement ou en privé peuvent se connecter à internet.- Enfin, il convient de ne pas l’oublier, les usages d’Internet sont très divers. Socialement différenciés, ils obéissent aux lois générales de la diffusion culturelle. Ces usages dépendent de facteurs culturels et sociaux qui invitent à ne pas surévaluer les usages liés à la production-consommation d’informations. A l’encontre d’enthousiasmes démocratiques qui virent rapidement à la pure et simple idéologie (internet pour tous qui réglerait tous les problèmes), il faut rappeler que les moyens matériels, le temps disponible et les dispositions sociales sont diversement et inégalement distribuées et que la technologie, de surcroît, tend à creuser l’écart entre les plus aptes à s’en servir et ceux qui maîtrisent mal l’instrument. La « fracture numérique » – c’est-à-dire l’écart croissant entre les milieux sociaux sous ce rapport – n’est pas résorbée par la progression du taux d’équipement. Il reste que les usages qui s’inventent en permanence, même s’ils ne sont pas le fait de tous les internautes, préfigurent des changements de plus vaste ampleur que l’on peut essayer de pointer.
Une production-diffusion de l’information profondément modifiée
Internet présente des possibilités techniques nouvelles et spécifiques. En premier lieu, le coût de la communication sur internet est faible et, de plus, constamment décroissant, ce qui rend matériellement accessible au plus grand nombre la possibilité de créer et/ou de consommer en ligne une publication (site ou blog). Une publication en ligne sur internet ne coûte que le temps et la compétence de ceux qui la font alors qu’une publication papier a un coût de fabrication (papier et imprimerie) et un coût de diffusion (entre 30 et 40% du prix de la publication) suffisamment importants pour impliquer une mise de fonds initiale non négligeable qui suffit à décourager la plupart des projets éditoriaux. La diffusion sur Internet se distingue, de surcroît, de la diffusion aléatoire des supports sur papier, qui dépend du bon vouloir des diffuseurs et de la politique des distributeurs ou alors de l’efficacité d’un réseau de bénévoles ou de militants qui parvient à alimenter régulièrement quelques librairies spécialisées ou proposent leurs publications à toutes occasions (conférences débats, manifestations, etc.).Cette facilité à communiquer se traduit par l’explosion des emails (les médiateurs constatent que le nombre d’emails qu’ils reçoivent s’accroissent fortement et que le courrier écrit par la poste tend à disparaître) et par la multiplication des sites dont la mise en réseau grâce aux liens et aux hypertextes permet d’aller très rapidement d’un site à un autre ou de se connecter à une base de données qui s’accroît de façon exponentielle sur Internet. On peut trouver aujourd’hui sur tous les sujets, de manière quasi instantanée, des informations sur tout. Internet est devenu une mémoire et une archive sans équivalant qui, de plus, est accessible très rapidement grâce aux moteurs de recherche. Ce média permet tous les formats (écrits, sons, vidéo) ce qui, pour la critique des médias, en fait un instrument utile au niveau de la mise en ligne mais aussi de la recollection des textes et des émissions de radio ou de télévision (archivage provisoire et gratuitement accessible des émissions, postcast), l’un des problèmes majeurs de la critique des médias étant de pouvoir arrêter le flux continu de l’information pour en faire l’analyse. Avec « internet 2.0 » qui permet l’interactivité, la circulation des messages tend à s’intensifier et à permettre des réactions en feed-back, affaiblissant la coupure émetteur/récepteur.
La réception et la consommation d’informations changent elles aussi. Internet donne lieu à de la consommation « à la carte » parmi les nombreux sites. Chacun se construit son parcours sur le net en fonction de ses intérêts et de ses demandes (par opposition aux journaux écrits qui chaque jour disent ce qui est l’information du jour. Par ailleurs, il est possible de consulter plusieurs sites de journaux et se faire sa propre revue de presse, comparer les informations de différents journaux, ce qui peux atténuer à terme la captation des lecteurs par un seul journal. La page internet est structurée différemment de la page imprimée, la hiérarchisation de l’information des journaux écrits avec le « 5 colonnes à la une » n’existant pas ou peu au profit d’une masse de titres sur lesquels l’internaute peut cliquer pour lire l’article de son choix.
Le rôle et les pratiques du journalisme se transforment. Internet bouscule les logiques de production. Des sites autonomes alimentés par des bénévoles, souvent très compétents dans leur domaine, créent de véritables médias qui concurrencent la presse écrite et audiovisuelle : celle-ci ne peut les ignorer. Les journalistes professionnels, par conséquent, tendent à perdre leur monopole de diffusion, c’est-à-dire le privilège de décider de ce qui doit être publié et mis en débat dans l’espace public. Mais ils perdent aussi leur pouvoir de censure, souvent beaucoup plus efficace que la censure qui s’exerce sur eux. En effet, les médias peuvent faire savoir qu’on les a censurés (ce qui revient à faire de la publicité sur ce qui a été censuré, ce dont ils ne se privent pas) alors que la censure qu’ils exercent (notamment en ce qui concerne les rectificatifs et les droits de réponse) est invisible. Désormais, il est possible de faire savoir sur le net ce que les journaux ont censuré (ou, à tort ou à raison, refusé de publier).Le caractère instantané et libre de la mise en ligne accélère la production de l’information qui tend à se faire aujourd’hui quasiment en direct. Cette accélération n’est pas sans conséquences, quand on sait les effets que l’information sur un événement peut avoir sur l’événement lui-même et ses suites dès lors que celle-ci porte non pas sur un événement passé sur lequel il n’est plus possible d’agir mais sur ce qui est en train de se passer (par exemple une vidéo mise en ligne sur une intervention de police qui contredit la version policière immédiatement ; les vidéos sur les manifestations en Birmanie qui font connaître à la communauté internationale la répression en cours, etc.).
Un journal en ligne n’est pas la version papier en PDF car le caractère immatériel du journal appelle une permanente mise à jour, une réactivité constante. Les journalistes sont constamment devant leur écran à traiter les informations, à consulter les sites, etc. Le circuit de production n’est plus celui de la presse écrite (univers centralisé autour du rédacteur en chef qui décide de ce qui doit être publié, sous quelle forme, avec quel titre et à quelle place) : c’est un univers décentralisé, avec un espace sans limite (à la différence de la presse papier), chaque journaliste fonctionnant de manière autonome (parce qu’il faut faire vite et qu’on ne peut attendre une conférence de rédaction). Certains journalistes ont même créé leur blog qui tend à devenir un véritable petit journal ayant les avantages du net : immédiateté, liberté dans le choix des sujets, liberté de ton.Cela dit, plusieurs problèmes se posent d’ores et déjà :
- Dans le vaste univers que constitue Internet, une place croissante revient aux fournisseurs d’accès, mais surtout aux moteurs de recherche.Le fonctionnement de Google pour l’instant, parce que c’est son intérêt, ne biaise pas trop les référencements. Mais les menaces que la publicité fait peser sur le système ne sont pas négligeables (on a signalé, ce qui reste anecdotique pour l’instant, que « madeleine » renvoie d’abord vers un fabricant de gâteaux et non à l’œuvre de Proust mais pourquoi faudrait-il qu’un moteur de recherche à vocation universelle satisfasse en priorité les lecteurs de Proust ?). Si des sites comme celui d’Acrimed, par exemple, arrivent en première page sur nombre de sujets (ce qui correspond à son contenu et au nombre de connexions au site), rien ne dit que cela sera durable compte tenu des pressions croissantes de la publicité et des capitaux en jeu.
- Les tentatives visant à constituer des « médias globaux » (dont Internet serait l’un des principaux vecteurs) adossés à des médias traditionnels (TF1, par exemple) risquent de s’avérer très puissantes : Internet n’est pas un espace libéré. Certes, face au renforcement avec des moyens importants, des sites de médias classiques et aux tentatives de constituer des « médias globaux », se multiplient les sites d’information (comme Agoravox, Rue 89, Bakchich, Médiapart, etc.). Dans cette compétition, rien n’assure que les seconds seront les vainqueurs. Rien n’assure que les projets participatifs et interactifs, quelle que soit la sincérité – parfois douteuse - de leurs auteurs, ne seront pas minés (quand ils ne le sont pas déjà) et progressivement absorbés par des logiques commerciales et des contraintes de rentabilité : voués, par conséquent, à disparaître ou à se recycler.
- La multiplication des supports non seulement n’est pas une garantie de la qualité des informations, mais elle transforme et aggrave les problèmes de leur vérification. Pourtant, affirmer, comme on l’entend encore souvent, que sur Internet la « rumeur » et la désinformation seraient omniprésentes, c’est non seulement invoquer un âge d’or des autres médias qui n’a jamais existé, mais défendre une reconversion du journalisme professionnel qui est loin d’avoir toujours fait ses preuves, au moment même où son quasi-monopole de production de l’information est ébranlé.Raisons de plus pour informer sur l’information (son contenu et les conditions de sa production) : sur Internet comme ailleurs, conformément aux objectifs de notre association.